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MACROÉCONOMIE MONÉTAIRE COMMENT BOOSTER LE SECTEUR RÉEL D’UNE ÉCONOMIE

Posted at janvier 29, 2017 | By : | Categories : Blog,Etude d'impactes | Commentaires fermés sur MACROÉCONOMIE MONÉTAIRE COMMENT BOOSTER LE SECTEUR RÉEL D’UNE ÉCONOMIE

INTRODUCTION

Le modèle économique jusque là utilisé n’a pas privilégié les secteurs les plus productifs capables de générer de la croissance économique et de créer des emplois dans les pays.

Certains pays ont pu améliorer significativement les conditions de vie de leurs populations grâce à une croissance économique rapide et continue. Cette faible performance interpelle les pouvoirs publics qui ont des objectifs ultimes d’améliorer le niveau de vie et le bien être social de la population.

Quelles que soient les politiques du passé et de l’avenir, il n’en demeure pas que ces objectifs ne seront réalisés sans une croissance économique soutenue et durable. Pour toutes ces raisons, la compréhension de la croissance, de ses mécanismes, de ses déterminants et de ses sources est à inscrire au centre de l’action des concepteurs des politiques économiques.

Etant donné que la croissance n’est ni une fatalité ni tributaire des ressources naturelles dont est doté un pays mais dépend principalement des politiques et des choix faits par le pays, de la volonté et de la détermination des citoyens et la littérature économique dans sa tentative de compréhension de cette situation a émis plusieurs concepts notamment l’économie duale et le surplus de chômage de Lewis, le capital humain de Schultz, la théorie des stades de développement et le décollage et le rattrapage de Gerschenkron et Rostow et le structuralisme de Seer, Prebish et Hirschmann.

L’importance d’apporter une réponse à cette question cruciale ne réside pas uniquement dans la compréhension du passé, mais également dans l’identification des pistes qui lui permettraient de rattraper le retard et de hisser le pays au même niveau de développement que ses semblables.

Depuis toujours, la recherche de la croissance demeure au cœur des politiques économiques des Etats. En effet, celle-ci garantit le développement économique, ce qui contribue par la suite à l’amélioration du niveau de vie, donc à la garantie du bien être social.

Cependant, cet objectif de croissance si important pour les pays n’est réalisable qu’à la condition que les entreprises s’assurent le meilleur emploi des facteurs de production. Pour cela, elles sont appelées tout le temps à augmenter leurs dépenses d’équipement en capital, afin d’améliorer la productivité, ce qui est fondamental pour la croissance.

C’est pourquoi, dans le contexte actuel de la globalisation, il devient inconcevable de parler de développement économique durable sans soulever au préalable la question du financement de l’économie. Car les dépenses à engager nécessitent bel et bien un financement dont les entreprises ne disposent pas toujours. Elles sont donc parfois contraintes de se tourner vers la sphère financière.

Ainsi, lorsque cette dernière va mal, l’économie court un grand risque d’asphyxie puisque les entreprises sur lesquelles elle repose manquent de ressources financières nécessaires à leur fonctionnement et leur développement .

Comment relancer la croissance du PIB ?

Pour que la croissance du PIB soit envisageable, elle doit être en mesure d’enrayer la hausse du chômage et d’accompagner le progrès social. Après avoir étudié le mode de calcul du produit intérieur brut, je calculerai le taux de croissance qui permettra d’en finir avec le chômage. La croissance du PIB étant étroitement corrélée à la hausse de la consommation des ménages et de l’État, je proposerai ensuite des solutions concrètes pour la relancer. Je terminerai cette étude en tentant de déterminer si la croissance est réellement la condition du progrès social et du bien-être.

Quel est le taux de croissance du PIB qui supprimera le chômage ?

Les décideurs économiques et politiques ne cessent d’affirmer que la relance de la croissance du PIB est la seule solution envisageable pour enrayer la hausse du chômage. Étant donné qu’ils souhaitent uniquement inverser la courbe du chômage, ils ne proposent pas un taux de croissance qui permettrait d’en finir définitivement avec ce fléau. Avant de proposer une équation capable de remédier à ce manque, il apparaît nécessaire d’étudier le mode de calcul du produit intérieur brut.

Quel est le mode de calcul du produit intérieur brut ?

Le produit intérieur brut est l’indicateur quantitatif le plus utilisé pour mesurer la performance économique d’un pays. La formule qui permet de le calculer est la suivante :

PIB = Sommes des valeurs ajoutées + TVA + droits de douane

Le PIB mesure la somme des valeurs ajoutées créées par les unités économiques résidantes, à laquelle sont ajoutés la somme des taxes sur la valeur ajoutée et les droits de douane. Il est calculé à partir de l’enregistrement comptable de toutes les transactions économiques soumises à la TVA, matérialisées par une facture et un ticket de caisse. Le mode de calcul du PIB défini, il est possible de calculer le taux de croissance qui permettra d’en finir avec le chômage.

Le calcul du taux de croissance du PIB qui supprimera le chômage.

Lorsque les décideurs économiques et politiques affirment que la croissance du PIB est la seule solution pour enrayer la hausse du chômage, ils se gardent bien de préciser le taux de croissance qui permettrait d’en finir avec ce fléau. Afin de remédier à ce manque, je propose une équation qui permet de le calculer.

F=({(〖PIB〗_val+((P_ac*〖HT〗_a*PH)(1+∧) ) )-〖PIB〗_val})/〖PIB〗_val (1)
Pour calculer le taux de croissance du PIB qui supprimera le chômage, il est nécessaire de commencer par calculer la population active sans emploi, le nombre moyen d’heures de travail annuel effectué par un salarié à temps plein, la productivité horaire et le taux de conversion entre le PIB en valeur et la valeur ajoutée en volume.

L’équation qui permet de calculer la population active sans emploi est la suivante :
〖PA〗_c=(Pop*W)-(E+〖PA〗_c) (2)

-Soit, Pop est la population totale de la France : 65 899 406 hab en 2013
-«, W est le taux de la population comprise entre 15 et 59 ans : 57,57 %
-«, E est le nombre d’élèves en second cycle et d’étudiants : 5 317 800.
-«, PAe est la population active qui occupe un emploi équivalent temps plein : 25 589 586 hab.
-«, PAc est la population active sans emploi.

En 2013, étant donné que 57,6 % des 65,8 millions de Français avaient entre 16 à 59 ans, la population en âge de travailler comprenait 37,9 millions de personnes. Étant composé de 5,3 millions d’élèves et d’étudiants et de 25,5 millions de salariés à temps plein, sa PAc s’élevait à 7 millions de personnes, soit 21,6 % de la population active. Pour en finir avec le chômage, la croissance du PIB doit donc créer 7 millions d’emplois.

La PAc étant définie, il est nécessaire de calculer le nombre moyen d’heures de travail annuel effectué par un salarié à temps plein, dont la formule est la suivante :

– Soit, VHtb est le volume total d’heures travaillées par branche : 40 271 480 379 heures.
-«, PAe est la population active qui occupe un emploi équivalent temps plein : 25 589 586 hab.
-«, HTa est le nombre moyen d’heures de travail annuel effectué par un salarié à temps plein.
〖HT〗_a=〖VH〗_tb/〖PA〗_e (3)

En 2013, les 25,5 millions d’actifs à temps plein ayant effectué 40,2 milliards d’heures de travail, la HTa était de 1 574 heures.

La HTa étant défini, il est nécessaire de calculer la productivité horaire du travail, dont la formule est la suivante :

-Soit, VAvol est le montant de la valeur ajoutée en volume : 1 855 854 249 000 €.
-«, PH est la productivité horaire du travail.
PH=〖VA〗_vol/〖VH〗_tb (4)

En 2013, étant donné qu’une VAvol de 1 855 milliards € a été générée par 40,2 milliards d’heures de travail, la PH était de 46 €. En moyenne, une heure de travail génère 46 € de valeur ajoutée.
La PH ayant été calculé, il est nécessaire de calculer le taux de conversion entre le PIB en valeur et la valeur ajoutée en volume.

-Soit, PIBval est le montant du produit intérieur brut en valeur : 2 113 687 000 000 € en 2013[8].
-«, Λ est le taux de conversion entre le montant du PIB en valeur et de la VA en volume.
∧= (〖PIB〗_val-〖VA〗_vol)/〖VA〗_vol (5)

Le PIBval étant de 2113 milliards € et la VAvol étant de 1 855 milliards €, le Λ était de 13,9 %.
La PAc, le HTa, la PH et le Λ étant définis, il est possible de calculer le taux de croissance du PIB qui permettra d’en finir avec le chômage.

F= ({(〖PIB〗_val+((〖PA〗_c*〖HT〗_a*PH)(1+∧) ) )-〖PIB〗_val})/〖PIB〗_val

-Soit, PIBval est le montant du produit intérieur brut en valeur : 2 113 687 000 000 € en 2013[9].
-«, HTa est la moyenne d’heures de travail par branche équivalent temps plein : 1 574 heures.
-«, PAc est la population active sans emploi : 7 031 013 actifs sans emploi.
-«, PH est la productivité horaire du travail : 46,08 €.
-«, Λ est le taux de conversion entre le montant du PIB en valeur et de la VA en volume : 13,9%.
-«, F est le taux de croissance du PIB qui supprimera le chômage.

Ici, nous avions préféré travailler avec les données sur la France pour étayer nos idées, bien-entendu que les hypothèses et formules peuvent s’appliqués à tous les pays.

En 2013, si les 7 millions d’actifs sans emploi avaient travaillé 1 574 heures avec une PH de 46 €, ils auraient généré une VAvol de 509 milliards €. Le Λ étant de 13,9 %, le PIBval supplémentaire aurait été de 580 milliards €. Le PIBval de 2013 étant de 2 113 milliards €, le PIB qui aurait permis d’en finir avec le chômage aurait été de 2 694 milliards €.

Le taux de croissance du PIB qui permettra d’en finir avec le chômage est de 27,5 %. Étant donné que la France a beaucoup de difficulté à soutenir un taux de 2 % par an, il est nécessaire de proposer des solutions concrètes pour qu’elle soit en mesure d’en générer un de 5,5 % par an pendant 5 ans. En 2013, les ménages et l’État contribuaient au PIB à hauteur de 53,3 % et de 24,1 %. Pour que ces deux acteurs économiques soutiennent un taux aussi élevé, il est nécessaire qu’ils augmentent leurs consommations et leurs dépenses.

I.1 Comment élargir l’offre de services marchands destinée aux ménages ?

Pour relancer la croissance du PIB, il est nécessaire d’élargir l’offre de services marchands destinée aux ménages. Avant de proposer des solutions, il apparaît pertinent de faire l’inventaire des activités qui ne contribuent pas à la croissance. Pour qu’une transaction y contribue, elle doit être matérialisée par une facture ou un ticket de caisse qui fera l’objet d’un enregistrement comptable. N’étant pas matérialisés par une facture, le bénévolat, le travail au noir, le travail domestique de la femme au foyer, ainsi que la prostitution et les trafics (drogues, armes, organes, etc.) n’y contribuent pas.

Certaines activités, telles que l’école publique qui est gratuite, ne font pas non plus l’objet de facturation. Afin de relancer la croissance, il apparaît donc nécessaire d’envisager autrement la prise en charge de ces activités pour qu’elles y contribuent également.

Supprimer la peur du chômage.

Pour inciter les classes moyennes à consommer, il est nécessaire d’en finir avec le chômage. La peur de perdre son emploi incite davantage à épargner qu’à consommer et à souscrire des crédits à la consommation. Afin de les motiver à consommer davantage, il est nécessaire d’interdire l’intérim, d’encadrer l’usage du CDD et de limiter les licenciements abusifs en renforçant le Code du travail.

En augmentant le SMIC et le temps de travail, et en régulant les prix du logement, il sera possible d’augmenter considérablement le pouvoir d’achat des classes moyennes. N’ayant plus peur du chômage, elles seront davantage motivées à consommer qu’à épargner.

Même si elles ne disposent plus de temps libre, elles auront les moyens d’en retrouver en externalisant leurs tâches domestiques. Pour faire face à la hausse de la demande, les entreprises de services aux particuliers devront augmenter leurs effectifs et donc, créer des emplois. Ce processus vertueux permettra donc de relancer la croissance du PIB et de créer des emplois.

Même si la consommation des ménages est le principal contributeur à la croissance du PIB, elle ne sera pas capable à elle seule de soutenir un taux de 5,5 % pendant 5 ans.

I.2 Analyser le financement de l’économie

À première vue, il peut sembler que financer l’économie se résume à mettre à la disposition des entreprises les fonds nécessaires pour mener à bien leurs activités et faciliter leur croissance. Seulement, dans la réalité, il faudra ajouter à cette fonction l’aspect répartition des ressources qui implique de prendre en compte les besoins réels de chaque secteur économique.

Cependant, avant de commencer à traiter cette épineuse question de la répartition des ressources financières, il convient de rappeler que le système bancaire est composé avant tout de banques qui, comme toute entreprise, recherchent premièrement la maximisation du profit au moindre coût. Aussi, leurs actions ne pourraient s’inscrire que dans le cadre de l’atteinte de cet objectif.

L’on ne devrait donc pas s’étonner de voir les banquiers avoir des préférences pour un secteur plutôt que pour un autre. Tout n’est que question de profit à en tirer ou de risque à en courir. En effet, s’il est vrai que le secteur primaire hors pétrole (agriculture, élevage, chasse pêche) et l’industrie peuvent avoir un grand effet d’entraînement, il est aussi vrai que la grande majorité des entreprises qui les composent manquent non seulement d’organisation mais aussi et surtout de moyens pour pouvoir donner aux banquiers de garanties fiables de remboursement.

De plus cette majorité, à très faible capacité de production, évolue dans l’informel ; ce qui ne fait que lier les mains des banquiers puisque ces derniers ne sont tenus de ne financer que les organisations du secteur formel.

Par ailleurs, au-delà de ce problème de répartition, il y a un problème de financement de l’investissement qui apparaît suite à l’observation et l’analyse statistique de toutes les données des pays.

En effet, la proportion trop faible des crédits à long terme prouve à suffisance que les actions du système bancaire ont plus été orientées vers le fonctionnement plutôt que vers l’investissement.

Partant de l’affirmation selon laquelle, l’investissement est le moteur de la croissance, on se poserait sans hésiter la question de savoir comment un système censé garantir la croissance aurait-il pu négliger l’activité de financement de l’investissement pour se concentrer sur le financement de l’exploitation ?

Il est certes vrai que l’exploitation dynamise et vivifie l’économie mais il faudrait d’abord reconnaître à l’investissement sa capacité à poser les fondements d’un développement économique soutenu et durable.

Le système devrait donc, tout en continuant de soutenir l’exploitation, permettre la relance de l’investissement.

La frilosité des banques pour les échéances longues très souvent évoquée comme étant la cause de ce problème.

Cette position a aussi été la nôtre dans le cadre d’un…a longtemps été justifiée par un principe : celui de l’orthodoxie financière qui veut que les emplois « longs » soient financés par des ressources « longues ». C’est cette règle qui assure l’équilibre financier à toute structure économique et donc assure la solvabilité des banques.

Des dépenses publiques aux services publics

Les relations entre ces termes et les concepts auxquels ils se rattachent ne sont généralement pas définis. Ce manque de précision peut causer certaines confusions. Par exemple, on confond 4souvent les infrastructures et le service qu’elles offrent. Les services fournis aux agents sont également souvent mesurés par la dépense qu’ils nécessitent, alors que cet amalgame impose des hypothèses non négligeables.

Par exemple, Barro (1990) considère que le gouvernement achète des services directement dans le secteur privé.

Il affirme que cela revient à considérer que l’Etat rémunère des facteurs pour produire ces services, si les secteurs public et privé ont la même fonction de production puisque, dans ces conditions, il y a concordance entre dépenses et services publics.

En définissant les notions utilisées et les relations qui les régissent, on met en évidence les hypothèses sous-jacentes à l’association des concepts. Cela permet également d’avoir une meilleure compréhension des effets de telle ou telle catégorie de dépenses publiques sur la croissance, et d’utiliser les termes à bon escient.

Toutefois, lorsque nous ferons référence à une analyse déjà effectuée, nous utiliserons la terminologie similaire à celle de l’auteur.

II.1. Externalité, optimum social et intervention de l’Etat

Le financement total ou partiel de services par l’Etat pose la question de sa nécessité économique, en dehors de sa justification sociale. La production de ces services coûte très cher à la société, en particulier aux entreprises qui voient leurs profits amputés de lourdes taxes, et aux ménages dont le pouvoir d’achat et la capacité à épargner diminuent avec l’augmentation du taux d’imposition.

Si ces services sont nécessaires aux agents, le marché devrait être à même de fournir les mêmes services à un coût identique, voire inférieur. Si les mécanismes de marché sont efficaces, l’Etat n’a aucune raison d’intervenir dans la production de services.

Mais le marché a ses limites. L’existence d’extemalité en est une principale. L’extemalité est, par définition, ce qui ne transite pas directement par le marché, ce qui agit sur l’utilité d’un agent sans que celui-ci l’ait intégré dans son calcul économique et sans que ce gain, ou cette perte, marginal ne soit compensé (Baumol et Oates, 1975).

Comme le souligne L. Thiébaut (1992) «l’intérêt de ce concept est de ne pas oublier dans le raisonnement des phénomènes qui se déroulent hors du fonctionnement du marché, tout en ayant un coût social ».

A l’échelle macro-économique, les effets externes entraînent une dissociation entre avantages (coûts) individuels et avantages (coûts) sociaux, cette dissociation entraînant à son tour un écart entre équilibre concurrentiel et optimum social, au sens de Pareto.

Dans ces conditions, l’Etat peut être amené à intervenir, afin de réduire les externalités négatives, par exemple en taxant les pollueurs, et d’accroître les externalités positives. Les modèles de croissance endogène tiennent compte de ces externalités positives dans l’analyse de l’évolution de long terme des taux de croissance des économies.

Les premiers modèles se sont centrés sur la connaissance (Römer, 1986, 1990) et la formation (Lucas, 1988), puis les dépenses publiques au sens large ont été évoquées (Barro, 1990 ; Artus et Kaabi, 1993). Ces derniers travaux mettent en avant la nécessité de la production par 1’Etat de certains services source d’externalités.

Le rôle économique de l’Etat est alors clair : produire des services qui vont accroître la productivité (Barro, 1990) et/ou accroître l’utilité des ménages (Artus et Kaabi, 1993), sans être directement financés par les agents mais par une taxe, et permettre à l’économie de se positionner sur une trajectoire de croissance optimale.

Dans ces modèles l’existence de services publics trouve sa justification dans le concept d’extemalité. Mais comme nous l’avons précisé ci-dessus les dépenses publiques sont source de multitudes de services très différents les uns des autres. De plus, ces services n’ont pas tous les caractéristiques de biens publics, fondant pour l’essentiel la notion d’externalité dans les modèles de croissance endogène.

Une discussion sur les effets externes que peut éventuellement produire chaque type de service public permet de clarifier leurs effets macro-économiques mais également régionaux. Grâce à une description détaillée des effets externes produits par chacun de ces services, il est possible d’effectuer un arbitrage plus rigoureux entre l’imposition nécessaire à leur production et les gains sociaux qu’ils procurent.

II.2. Services publics et externalités

Dans cette partie, nous préciserons pourquoi les services publics sont des biens susceptibles de créer des externalités positives, c’est-à-dire de quelle manière ils agissent sur l’utilité des agents tout en ne causant pas de coûts supplémentaires. Nous préciserons donc les conditions pour que les services publics soient des biens supports d’extemalité technologiques et quelles sont les externalités technologiques et pécuniaires qu’ils procurent.

II.2.1. Les services publics comme bien support d’externalités technologiques

Nous distinguerons deux grandes catégories de biens ou services supports d’effets externes technologiques : les biens joints et les biens collectifs (Catin, 1985). Les biens joints sont issus de la production ou la consommation privée des agents. L’extemalité peut alors être considérée comme un surplus social de l’investissement même des entreprises ou des ménages.

Lorsque les agents investissent, ils génèrent, en plus de leurs gains directs, un bien collectif, dont les autres entreprises et/ou ménages pourront tirer avantage. C’est par exemple l’extemalité de connaissance étudiée par Romer (1986,1990) générée par le fait même de produire. C’est également le capital humain social de Lucas (1988) qui n’est autre que la somme des stocks de capital humain individuels, conséquents aux décisions des salariés de se former.

Les services publics, tels qu’ils ont été décrits, ne peuvent rentrer dans cette catégorie puisqu’ils dépendent d’une décision intentionnelle de production émanant de l’Etat ou des collectivités locales. Ils rentrent dans la seconde catégorie de bien support : les biens à composante collective ou biens mixtes. Barro (1990) suppose que l’ensemble des services publics offerts sont des biens publics purs, non-exclusifs et non-rivaux. Or, la plupart des services publics n’ont pas ces caractéristiques ; certains sont payants et les autres sont souvent sujets à congestion.

Concernant les services publics gratuits, Barro et Sala-I-Martin (1992) proposent une formalisation où les services publics sont source d’extemalité et qui tient compte des effets de congestion. Dans ce cas, les dépenses publiques, en tant que facteur de production, sont rapportées à la production totale. Leur effet sur la productivité totale diminue avec le nombre d’utilisateurs.

Même s’ils sont sujets à encombrement, les services offerts gratuitement peuvent être support d’extemalité technologique, s’ils ont un effet sur l’utilité des agents ; ils ne sont pas directement financés par les agents, et n’ont pas de valeur marchande.

Le cas des services publics payants est plus ambigu. Ils excluent certains consommateurs potentiels par leur prix. Toutefois, le prix des services publics est fixé arbitrairement, hors processus de marché, et reste le même pour tous les agents, quels que soient leur revenu, la forme de leur fonction de demande, leur localisation… Le prix n’est plus un signal et le coût marginal de l’utilisation de ces services n’est plus égal à son gain marginal.

Il peut donc y avoir extemalité (positive ou négative) et dissociation entre équilibre concurrentiel et optimum.
Il s’agit maintenant de déterminer l’impact que ces services publics ont sur l’utilité des agents et donc la croissance.

II.2.2. Services publics et externalités

Meade (1952) considère que le capital public a deux rôles dans la sphère économique : il peut être un facteur de production non-rémunéré mais, aussi, une variable d’environnement qui contribue à augmenter la productivité du capital privé et du travail. Ceci peut être traduit en termes d’externalités. Les services publics sont à la base de deux grandes catégories d’extemalités technologiques.

Ils sont tout d’abord source d’extemalités technologiques directes. Ils sont en effet des facteurs de production non-rémunérés (Barro, 1990) ou rémunérés à un taux inférieur à leur productivité marginale. Les services tels l’utilisation de réseaux électriques ou de canalisations rentrent dans la fonction de production des entreprises sans engendrer de coût supplémentaire.

Outre cette externalité directe, les services publics engendrent des externalités technologiques indirectes. L’existence de services de transport et communication, même s’ils sont payants, améliore la circulation des sources de progrès technique comme les innovations, la connaissance…

Les produits joints de la production circuleront plus rapidement entre les agents, si les infrastructures sont développées. Les infrastructures de transport et communication constituent un support de transmission des externalités directes procurées par le capital humain, les innovations, le progrès technique… Elles favorisent donc les externalités de « spillover » (Artus et Kaabi, 1993) et développent les organisations de type réseaux.

Que l’externalité soit directe ou indirecte, les services publics sont complémentaires aux facteurs privés dans le sens où ils vont accroître la productivité du capital privé et du travail, et améliorer les combinaisons productives.

Ils peuvent accroître le nombre de combinaisons productives possibles et modifier les complémentarités et/ou substitutions existant entre les autres facteurs. Par exemple, dans l’analyse de la croissance de Kaldor (1959), la substitution entre travail et capital n’est pas élevée, pour un processus donné, mais varie avec les infrastructures qui transforment ce processus de production.

L’offre publique de services aux entreprises permet également d’obtenir des gains par l’allongement du détour de production qui stimule la division du travail et la spécialisation des tâches (Kaldor, 1970). Il s’agit également d’effets que les agents ne contrôlent pas individuellement et qui vont pourtant accroître leur utilité future, en transformant la structure des coûts de production. Ces effets peuvent être décrits en termes d’externalités pécuniaires.

Un certain nombre de travaux empiriques cherchent à mesurer les effets des services publics dans le système économique. Ashauer (1989) affirme que la faiblesse de l’offre de services publics, dans les années 1970 aux Etats-Unis, est cruciale dans l’explication du déclin du taux de croissance de la productivité.

Sa méthodologie a été remise en cause, mais d’autres travaux concernant différentes nations confirment l’impact plus ou moins direct des dépenses publiques sur la productivité. Femald (1990), Rubin (1991), Ford et Prorret (1991) contestent l’absence de contrôle du biais de simultanéité, c’est-à-dire du double sens de la relation dépenses-publiques-revenus, par Ashaeur, mais aboutissent au même résultat.

Munell (1992) trouve que le capital public a un effet significatif et positif sur la croissance de l’emploi. Artus (1991) montre que le niveau des dépenses publiques a un effet sur la Recherche-Développement et sur le taux de croissance du PIB.

Finalement, les infrastructures de services publics ont des effets sur le développement économique qui peuvent être appréhendés par le biais de la notion d’extemalité. A partir de ce constat, les modèles de croissance endogène montrent comment les dépenses publiques peuvent jouer sur les trajectoires de croissance d’une économie.

L’équilibre est sous-optimal si les dépenses publiques n’atteignent pas un certain niveau. Les dépenses publiques sont donc des instruments de politique économique importants. Pour un pays en développement, un niveau d’investissements trop faible peut accentuer les écarts initiaux de revenu entre l’économie et le reste du monde et créer des effets d’hystérésis. Une économie ayant de faibles capacités productives initiales et ne bénéficiant pas d’externalités positives ne peut combler son retard.

Elle risque de tomber dans une «trappe de sous-développement » (D’Autume-Michel, 1993), de se positionner sur une trajectoire de croissance irrémédiablement faible. Dans ces conditions, la convergence des taux de croissance des nations n’est plus assurée comme elle l’était dans les modèles néoclassiques traditionnels de croissance (Solow, 1956) et d’économie internationale. Cette absence de convergence des trajectoires de croissance est, pour partie, expliquée par la répartition inégale des stocks de capital public dans le monde.

De la même façon, le capital public n’étant pas également réparti sur le territoire d’une même nation, on peut s’interroger sur son rôle dans les dynamiques de croissance des régions. Cette démarche peut être très fructueuse puisqu’elle précise les effets de la répartition inégale des dépenses publiques de la nation sur la croissance et peut avoir des implications politiques directes (Declerq, 1996).

Une telle approche permet d’évaluer les effets des politiques d’investissements locales et des politiques d’aménagement du territoire sur les niveaux de croissance des régions et leur vitesse de convergence.
Toutefois, si les modèles de croissance endogène fournissent des éléments d’analyse pour étudier les dynamiques régionales, ils ne sont pas suffisants.

Les économies régionales possèdent des caractéristiques qui leur sont propres et que les modèles de croissance macro-économiques ne prennent pas en considération (Baumont, 1994). Une description des effets des dépenses publiques sur la croissance des régions doit tenir compte de ces spécificités.

CONCLUSION

Les modèles de croissance endogène, en introduisant les dépenses publiques comme facteur explicatif des dynamiques de croissance, apportent des éléments généraux de compréhension des effets des dépenses publiques. La notion d’extemalité y est essentielle. Un examen des différentes catégories de services publics permet d’accepter l’hypothèse selon laquelle ils sont source d’extemalités, plus ou moins importantes. L’intervention publique dans la sphère économique peut alors être positive.

Il importe, comme le souligne William Easterly, de se « rappeler que les individus agissent selon les bénéfices qu’ils peuvent tirer de leurs actions ».

Et c’est de même pour les banques. Celles-ci ne s’engageront dans la dynamique de soutien de l’économie que si elles y trouvent des garanties de remboursement et des espérances de rentabilité.

La solution réside alors dans la création des conditions de sécurité et de rentabilité pour les banques. Le rôle de l’Etat devrait alors être précisé pour pouvoir créer ce cadre :

– premièrement, il pourrait consister en la création d’un organe qui se chargerait de la médiation du crédit. Cet organe aurait pour missions d’une part d’encadrer et de soutenir les projets bancables en se chargeant de leur étude de faisabilité et de la constitution de leur dossier de prêt ; puis d’autre part dans le cadre de la négociation des financements de ces projets, l’organe pourrait, en cas d’insolvabilité de l’emprunteur, garantir le remboursement de tout ou partie de la dette.

Par ailleurs, négocier des allègements fiscaux et des assouplissements de la réglementation en faveur des établissements de crédit serait également un plus car cela aurait l’avantage de donner aux banquiers des raisons valables de financer les entreprises des secteurs en difficulté.

– deuxièmement, l’Etat pourrait songer à améliorer le cadre juridique dans lequel évoluent et opèrent les banques. Car tant qu’il n’y aura pas – de la part des pouvoirs publics -de volonté ferme de sanctionner et des actions concrètes allant dans ce sens, les banques ne se sentiront jamais suffisamment protéger. Et cela ne fera qu’accroître leur aversion au risque.

L’intervention de l’Etat dans ce sens ne serait que fructueuse car elle permettrait aux banques de trouver leur compte dans la dynamique de financement de l’économie et de la croissance.

Seulement, le rôle des entreprises devrait lui aussi être rappelé car c’est elles qui logent le risque que craignent les banquiers : lorsque la demande de prêt n’aboutit pas pour des raisons autres que le manque de garantie ou de capacité de remboursement, c’est elles qui sont le plus responsables.

En effet, dans une entreprise où il y a un financier, ce dernier devrait jouer son rôle d’agent assurant le pont entre la sphère financière et l’économie réel. Et ce rôle implique, comme le préconise Pierre Vernimmen, que le financier devienne ou soit un homme de marketing, un négociateur.

C’est-à-dire quelqu’un qui analyse l’environnement financier pour pouvoir concevoir un business plan conforme aux besoins et exigences de cet environnement. Il ne va pas faire « la courbette » auprès du banquier, il va plutôt lui donner l’opportunité de se faire de l’argent grâce au projet rentable et sans risque qu’il lui apporte.

On ne peut donc pas être un bon financier si on n’est pas capable d’abord d’analyser la situation économique, financière et stratégique de l’entreprise, puis de porter un diagnostic sur sa valorisation, le tout en maîtrisant le cadre conceptuel de toute décision financière.

Ces affirmations suffisent à montrer que le financier n’a pas le droit de se présenter devant son banquier tant qu’il n’a pas étudié convenablement son projet ou tant qu’il n’a pas étudié les moyens de le valoriser. C’est à ces conditions seulement qu’il peut se permettre d’aller rencontrer son client, c’est-à-dire le banquier à qui il vendra son projet.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Gilles Wilème Tchamba, Problématique de financement bancaire de l’économie, Expérience du Congo-Brazzaville, 2011/1(numéro13)
Giuliani Jean-Christophe Mouvement Pour un Développement Humain
Sylvie CHARLOT Dépenses publiques et croissance : effets macro-économiques et spécificités régionales
décembre 1996, n°9615, LABORATOIRE D’ANALYSE ET DE TECHNIQUES ÉCONOMIQUES
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Nasser KEITA, Ph.D
Directeur du laboratoire de Recherche Économique et Conseils
(LAB-REC) www.lab-rec.org

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