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CORRUPTION ET GABEGIE FINANCIÈRE : QUELS IMPACTS SUR L’ÉCONOMIE ?

Posted at mai 5, 2017 | By : | Categories : Blog,Etude d'impactes | Commentaires fermés sur CORRUPTION ET GABEGIE FINANCIÈRE : QUELS IMPACTS SUR L’ÉCONOMIE ?

INTRODUCTION

Suite à plusieurs discussions au cours des derniers colloques africains de Dakar et Niamey, il nous a paru nécessaire d’écrire sur un sujet aussi vieux que la prostitution dans le monde : la corruption.
Dans ce papier nous entamerons notre propos par la littérature théorique sur le concept de corruption, qui est très utilisé par toutes les couches sociales de nos pays sans maîtriser réellement les fondements théoriques, suivi des résultats des études empiriques et des conséquences aux plan économique.

L a corruption est un fléau mondial qui frappe particulièrement les pays en développement. En l’absence de mesures efficaces, elle peut compromettre notablement leurs efforts pour l’instauration d’une bonne gouvernance et réduire considérablement, les ressources disponibles dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. Ses multiples méfaits (gaspillage de ressources financières limitées, baisse de la croissance, augmentation des coûts de transactions, etc.(1).

La corruption est considérée comme le fait d’obtenir des avantages de façon illégale par influences. Elle revêt plusieurs formes suivant le contexte. On distinguera la corruption électorale et celle économique ou administrative. L’ampleur de ce phénomène dans les différents états du monde en fait une calamité dont la solution doit être certes réglementaires mais aussi et surtout juridique.

1 SOCIÉTÉ, SANTÉ ET CULTURE > CORRUPTION

En effet, la corruption dilapide ou détourne les moyens financiers et matériels qui pourraient contribuer à la croissance socioéconomique et à la réduction de la pauvreté. La corruption dans les marchés publics, la grande corruption, est tellement importante qu’elle serait la principale cause de la pauvreté en Afrique. Lorsque les fonds publics sont détournés au bénéfice de quelques intérêts privés, ce sont les pauvres qui en définitive sont les plus affectés car ils ne peuvent plus disposer de l’appui matériel de l’État pour les services essentiels. Ils sont alors privés de l’accès aux soins, à l’éducation, à l’eau potable, au logement, et de manière générale aux conditions de vie décentes qui confortent la dignité humaine2.

La gabegie financière, signifie le désordre dans une administration, dans une entreprisse, qui a pour conséquence des dépenses exagérées, des pertes d’argent.

La corruption coûte à l’Afrique 148 milliards de dollars par an, soit environ 25% du PIB. Il suffirait de moins de 0,1% par an de ce montant pour fournir un traitement à 600.000 malades du SIDA, ou approvisionner en eau courante environ 250.000 ménages.

Nous allons conclure par quelques recommandations de politiques, notre objectif est d’arriver à éclairer davantage toutes les couches sociales, et de pouvoir réduire le seuil d’ignorance, de la médiocrité dans les pays seul gage du succès, même avec beaucoup de sacrifices.

Il est vrai que notre tâche est d’autant plus ardue que l’écrasante majorité de nos populations ne lit pas.
2 PUBLIÉ LE 9 MARS 2012 PAR STANISLAS NIYONDEZO

I. LA LITTÉRATURE THÉORIQUE

Les progrès réalisés dans la compréhension des mécanismes a l’origine de la corruption doivent beaucoup a
̀la communication permanente entre la théorie et l’évaluation empirique qui lui est consacrée. L’objectif de cette section n’est pas de présenter en détails les modèles représentants différentes situations de corruption, mais plutôt de donner un cadre théorique a notre analyse.

Cette présentation nous permettra de décrire les agents économiques en puissance, leurs interactions et leurs motivations dans une relation corruptive3.

La corruption est traditionnellement définie comme le détournement de fonds publics a des fins personnelles. L’analyse micro-économique de la corruption fait intervenir, dans sa version la plus complète, trois joueurs : le « principal », l’ « agent » et le « corrupteur ».

La corruption s’analyse alors comme l’imbrication de deux contrats : un contrat de délégation conclu entre le principal et l’agent et un contrat de corruption établi entre l’agent et le corrupteur (Jacquemet, 2006).

Le contrat de délégation est a l’origine de la corruption. Par ce contrat, le principal (l’Etat, l’administration) délègue a l’agent l’exécution d’une tâche. Plusieurs éléments sont nécessaires pour que ce contrat de délégation permette l’émergence de la corruption.

3 LES MECANISMES A L’ORIGINE DE LA CORRUPTION Emmanuelle LAVALLEE, DIAL Mireille RAZAFINDRAKOTO, IRD, DIAL François ROUBAUD, IRD, DIAL

Premièrement, l’exécution de cette tache doit affecter le « revenu des clients », entreprises ou citoyens, de telle sorte qu’ils soient amenés (plus ou moins volontairement) a vouloir influer sur le comportement de l’agent public dans le but, par exemple, d’obtenir un traitement de faveur, d’accélérer les procédures administratives, ou encore de contourner les lois et les réglementations.

Deuxièmement, la tâche du fonctionnaire et les règles qu’il doit respecter ne doivent pas être clairement définies. En d’autres termes, il faut que l’agent public dispose d’un pouvoir discrétionnaire. Ce dernier peut avoir plusieurs origines comme, par exemple, l’absence de règles encadrant les fonctions de l’agent, le fait que ses décisions soient fondées sur une information subjective ou privée de l’agent ou encore que les règles encadrant ses fonctions ne soient pas cohérentes ou permettent différents délais de décision.

Enfin, il faut que les instruments d’incitation tels que la rémunération de l’agent et son contrôle ne permettent pas de réconcilier les intérêts divergents du principal et de l’agent. Par exemple, il n’est pas possible de mettre en œuvre un schéma de rémunération contingent (rémunération a la tâche) ou un salaire d’efficience, égal a l’espérance de gains associée a la corruption, capable d’empêcher la corruption.

Le contrat de corruption est établi entre le corrupteur et l’agent. Il s’agit d’un accord illégal portant sur le détournement du pouvoir discrétionnaire confie à l’agent et la répartition des gains attendus (le pot- de-vin pour le fonctionnaire). Cette dernière dépendra du pouvoir de marchandage de chacun.

En suivant la tradition initiée par Becker (1968), entre l’agent et le corrupteur s’engageront une relation corruptive dès lors que la valeur de l’illégalité domine celle de l’honnêteté. Pour l’agent la valeur de l’honnêteté dépend du salaire qu’il reçoit du principal, de son aversion pour l’illégalité
du pot-de-vin qu’il va recevoir, mais également de la probabilité d’être renvoyé et sanctionné
́Pour le corrupteur, la décision d’établir une relation corruptive dépend du gain qu’il en attend, du montant du pot-de-vin et du coût d’initiation de la relation. Ce dernier regroupe les coûts moraux subis par le corrupteur, mais également l’ensemble des coûts réels et monétaires engagés pour permettre cette rencontre.

La corruption dépend des gains qu’en attendent le corrupteur et l’agent public. Pour l’agent public, le gain de la corruption est le pot-de-vin qu’il va recevoir. Pour le corrupteur, il s’agit des avantages (traitement de faveur, accélération des procédures administratives, ou encore de contournement des lois et des réglementations) qu’il espère obtenir en versant un pot-de-vin. Dans les deux cas, la théorie des incitations suggère que la corruption est d’autant plus importante que son bénéfice attendu est important. Empiriquement, l’impact des pots-de-vin sur le comportement de corruption des fonctionnaires est peu documenté.

́En revanche, les bénéfices de la corruption pour le corrupteur ont fait l’objet d’un intense débat dans la littérature économique4.

4 LES MECANISMES A L’ORIGINE DE LA CORRUPTION Emmanuelle LAVALLEE, DIAL Mireille RAZAFINDRAKOTO, IRD, DIAL François ROUBAUD, IRD, DIAL

La corruption a longtemps été présentée comme un élément permettant de compenser le fonctionnement déficient des institutions publiques. De nombreux auteurs présentent la corruption comme un moyen efficace de contourner des réglementations ou des procédures administratives lentes ou tatillonnes. Dans les années 60, Leff (1964) et Huntington (1968) avancent l’idée selon laquelle la corruption favorise l’efficacité économique.

Elle permettrait de dépasser les rigidités imposées par les gouvernements qui entravent l’investissement et interférent avec d’autres décisions économiques favorables a la croissance. Selon ces auteurs, la corruption facilite, de manière générale, la vie économique en en « huilant les rouages ».

Pourtant, cette vision positive de la corruption, ainsi que les arguments qui la sous-tendent sont contestés. Plus précisément, son hypothèse centrale selon laquelle la corruption est un élément exogène aux réglementations et aux procédures administratives est très débattue.

En effet, il est possible que les agents publics créent des lenteurs ou des tracasseries administratives uniquement dans le but de percevoir des pots-de-vin (Myrdal, 1968 ; Bardhan, 1997). Kaufman & Wei (1999) montrent que la corruption est un élément endogène a la fixation des règles et des procédures administratives. Ils mettent en évidence, à partir des observations issues de différentes enquêtes effectuées auprès d’entreprises, une relation positive et significative entre les tracas bureaucratiques effectifs rencontrés et le montant des pots-de-vin versés par les firmes. Dans la même lignée, Hunt et Lazlo (2006) montrent, à partir d’une enquête réalisée auprès des ménages au Pérou, que la réduction des tracas administratifs consécutifs au versement de pot-de-vin, compense ceux qui ont été crées artificiellement par le fonctionnaire pour recevoir le pot-de-vin5.
Les travaux de Celentani et Ganuza (2002) attestent que la corruption existe aussi sous forme d’un échange, d’une faveur ou d’une facilite au service public ou d’un passe-droit contre un dessous de table monétaire ou encore une faveur réciproque. Elle se réalise d’autant plus facilement que l’agent public concerné, jouit d’un pouvoir discrétionnaire dans la fourniture du service public dont il a la charge. C’est pourquoi, elle est considérée, a juste titre, comme un délit.

Pour les économistes tels que Collier (2000), la corruption permet, par exemple, à des entreprises au bord de la faillite donc peu rentables de continuer exister et de bénéficier de subventions gouvernementales. De telles pratiques rendent inefficientes une grande partie des dépenses publiques. L’auteur conclut alors qu’un niveau de corruption élevé freine la croissance économique par le biais des dépenses. Cette relation est mise en évidence dans de nombreux pays d’Europe et d’Asie.

Des publications, par contre, soulignent que cette thèse ne se vérifie pas dans certaines zones géographiques. Une illustration, aux Etats-Unis, est fournie par les travaux de Ades et Tella (1999). Ces économistes montrent, en effet, que dans un environnement de forte corruption, des entreprises tirent des situations de rentes et consolident leur compétitivité sur le marche Pour les agences de développement, la corruption est définie comme étant le comportement privé. Le mauvais usage d’un pouvoir public a des fins de corruption est surtout un problème de gouvernance, qui débouche sur l’échec des institutions et l’incapacité à gérer la société sur la base d’un dispositif de «freins et contrepouvoirs» sociaux, juridiques, politiques et économiques.

II. IMPACTS DE LA CORRUPTION SUR LA CROISSANCE

Il y a plusieurs études empiriques qui ont été effectuées ces dernières années sur la relation entre la corruption et la croissance économique. La corruption peut affecter la croissance économique via son effet, soit sur l’investissement, soit sur la formation du capital humain, soit sur la composition des dépenses publiques6.
Les premiers travaux se rapportant à la corruption en économie remontent à des auteurs tels que Klitgaard (1988), Rose-Ackernam (1989), Lui (1974). Mais les travaux de Mauro (1995) constituent la première évaluation empirique sur la question. Cet auteur met en évidence le caractère néfaste de la corruption sur l’investissement et sur la croissance. Enfin, il y a le rôle central joué par l’Etat dans l’avènement
du développement.

P. Mauro analyse une base de données élaborée par BI7, pendant la période (1980-1983), sur un ensemble des pays qui regroupe 70 économies. Cette base de données est formée par des indices de corruption, de bureaucratie (red-tape) d’efficacité du système judiciaire et de degré de stabilité politique.

L’objet de son étude est d’identifier les canaux à travers lesquels, la corruption ainsi que d’autres facteurs institutionnels peuvent affecter la croissance économique et de quantifier les degrés de ces effets.

Par ailleurs, V.Tanzi et H.Davoodi (2000) ont élaboré une étude dans laquelle, ils ont examine quelques voix à travers lesquelles, la corruption peut agir sur la croissance économique. Les auteurs trouvent que cette relation négative existe aussi, entre l’indice de perception de la corruption et le taux de croissance économique.
Autres études empiriques ont ciblé un type particulier de corruption se traduisant par de l’évasion fiscale au sein de l’économie. Elle peut se produire grâce par exemple à la présence d’’agents des services fiscaux corrompus. En effet, du fait de leurs attributions, ils disposent d’un pouvoir discrétionnaire dont ils peuvent abuser en contrepartie de certains avantages. À partir de questions remplies par ses correspondants locaux et dont la valeur est Comprise entre 0 (haut niveau de corruption) et 10 (haut niveau de probité).

La littérature sur la corruption au sein de l’administration fiscale présente parfois la corruption comme un cercle vertueux qui permettrait d’améliorer les comportements des agents en termes de discipline fiscale.

Dans cet ordre d’idée, Mookherjee (1997) considère que la corruption est bénéfique à l’économie car elle est à la base de mécanismes d’incitation au travail des agents fiscaux. Toutefois, Fjeldstad et Tungodden (2003) soulignent une limite à ce raisonnement. Lorsqu’il existe des mécanismes d’incitation des collecteurs d’impôt, cela peut les amener à augmenter le montant de pot-de-vin nécessaire pour ne pas dénoncer une fraude fiscale.

Barro (1990) suppose l’existence d’une relation sous forme de courbe en cloche entre le taux de croissance et le taux d’imposition. En outre, Chen (2003) montre que l’évasion fiscale pousse l’Etat à appliquer un taux d’imposition supérieur à celui qu’il aurait été sans évasion fiscale. Cette
action vise à compenser les pertes de recettes liées à l’évasion de telle sorte à assurer les services publics.

Barreto et Alm (2003) quant à eux, s’intéressent à la structure des Taxes en présence dans un environnement corrompu. Leurs résultats suggèrent qu’en présence de corruption, la politique fiscale optimale devrait être plus axée sur les taxes sur la consommation que sur celles Portant sur le revenu.

Ces dernières sont plus difficilement recouvrables lorsque le système fiscal n’est pas performant.

De même, Imam et Jacobs (2007) montrent que certaines taxes telles que les tarifs douaniers sont plus affectées par la corruption. En outre, Gordon et Li (2009) constatent, que la structure des politiques fiscales est plutôt singulière dans les pays en développement comparativement aux pays développés. Ces derniers tirent leurs ressources fiscales essentiellement des impôts sur les revenus et sur la consommation. Alors que les pays en développements, quant à eux, s’appuient moins sur les taxes sur les revenus que sur celles portant sur la consommation.

Les spécialistes conviennent que les effets de la corruption sont dévastateurs et touchent tous les aspects de la vie sociale, politique du pays. Alors il faut admettre le principe universel stipulant, tout phénomène nécessite un contexte bien spécifique pour exister. C’est pourquoi Donatella eut à dire : « La corruption emmène d’importants changements dans le système politique.». Elle facilite l’émergence d’une classe de politiciens d’affaires et les partis politiques se livrent dans les activités illégales pour subsister. Du coup le Sénateur Ben Night Horse Campell, lors de la 4e session de l’organisation pour la coopération de l’Europe (OSCE), a arrêté cette résolution libellée : » la corruption généralisée représente une menace à la stabilité et à la sécurité des sociétés ». La criminalité Internationale et la corruption minent la démocratie et nuisent au développement social, politique et économique.

Elle freine le développement économique, accroît les coûts des entreprises, sape la légitimité du Gouvernement et réduit la confiance du peuple.

Dans la foulée, le co-président de la délégation Sénateur Républicain Chris `Smith, le représentant de New Jersey8 a confirmé qu’elle met en danger la stabilité et la sécurité des sociétés, affaiblit la démocratie et compromet le développement social, politique et économique d’une société9 D’un côté, l’Organisation Mondiale des Parlementaires contre la corruption (GOPAC) a annoncé que la corruption est insidieuse. Elle attaque la finalité de la gestion publique et la stabilité nationale et même la légitimité du processus politique. Les conséquences politiques varient selon le type et le niveau de corruption ainsi que le régime politique où elle se produit.

La corruption peut avoir plusieurs effets négatifs selon GOPAC dans le sens que les gouvernements auront plus de difficultés à mettre en oeuvre des lois et des politiques globales pour l’orientation du pays10. La corruption ternit la réputation des politiciens et encourage les gens à faire de la politique pour les mauvaises actions. Elle mine la confiance du public envers les politiciens et les processus et les Institutions Politiques puis mine la confiance de la communauté internationale au gouvernement.

Elle encourage le cynisme et décourage la participation à la politique puis contribue à l’instabilité.

(9)La Corruption et ses Conséquences sur notre Système Judiciaire entre 1986 et 2008 par Inel TORCHON Université d’Etat d’Haiti  » Faculté de Droit et des Sciences Economiques des Gonaïves  » – Licence en Sciences Juridiques 2002

10 Anne Lugon Moulin, page 6, Année 2006Combattre la corruption, stratégie de DDC

Les Coûts économiques de la corruption varient selon l’échelle et la fréquence des manœuvres frauduleuses. La corruption peut mettre en péril la réalisation des objectifs du développement durable. La recherche de pot-de-vin ajoute aux frais des entreprises, pèse sur les petits entrepreneurs et entraîne une mauvaise répartition du capital humain et du talent. La concurrence finit par jouer sur le pot-de-vin, ce qui prive le public des avantages de la concurrence.

L’altération des priorités gouvernementales associées à la corruption exerce une pression à la baisse sur les dépenses. Alors ce sont les pauvres qui payeront le plus cher en pareil cas l’on perçoit l’aggravation des écarts extrêmes entre les riches et les pauvres. GOPAC a rapporté qu’il y a de nombreuses corrélations entre les niveaux élevés de corruption et plusieurs conséquences négatives. D’ailleurs qu’un pays soit développé ou en voie de développement, la corruption mine l’efficacité des marchés et des fournisseurs.

Lorsque le commerce international souffre de corruption, cela nuit aux entreprises locales et encourage les gouvernements à s’approvisionner outre-mer. La corruption permet aux importateurs d’éviter les frais de douane et les taxes d’importations, entraînant l’érosion de la concurrence des entreprises internes. Parallèlement, Yves Mény a indiqué que la corruption est un grave obstacle à une mobilisation et une répartition efficace des ressources durables pour le développement économique. Mény comprend dans cet optique que la corruption est l’ennemi du progrès car elle tend à concentrer les richesses du pays d’un seul côté.

Alors un groupe de gens travaillent et roulent sur l’huile et l’autre groupe croupit dans la misère. Cela entraine l’immoralité où les valeurs morales sont dépréciées. Du point de vue social, la corruption cultive une gamme de comportement et de croyance. La corruption divise et contribue grandement aux inégalités sociales et aux conflits. Cette division peut être soit latérale soit verticale.

Lorsqu’elle est latérale elle sépare les pauvres des riches, elle encourage les pauvres à voir le gouvernement comme prédateur et un oppresseur plutôt qu’un facilitateur.
Elle est verticale, lorsque la corruption contribue à diviser les ethnies et les collectivités et occasionnent des sentiments de rivalité et de la jalousie.

III. RECOMMANDATION DE POLITIQUE

Un des principaux maux dont souffre l’Afrique aujourd’hui est la corruption. Parlant de la question, les politiques et les agents publics sont toujours accusés comme les premiers instigateurs du fléau.
Mais une analyse plus fondée et perspicace montre que les politiciens sont loin d’être les premiers coupables de la corruption et que les « pauvres » citoyens eux-mêmes restent blâmables. Pareil, en cherchant à prescrire un antidote à ce mal qui constitue lui-même un composant de la tyrannie économique dans la société, il faut premièrement s’attaquer à la pauvreté, étant une des causes majeures de la corruption, surtout en Afrique11.

Bien souvent, dans les pays africains, les gouvernements sont considérés comme des « petits royaumes divins sur terre » par les citoyens. Une telle « adoration ignorante » donne aux gouvernants toute opportunité à entreprendre n’importe quelle action au nom du « développement du peuple ». Par ailleurs, pour la plupart des Africains, un des moyens les plus faciles pour se créer de la richesse est d’entrer dans la fonction publique occuper un poste dans le gouvernement.

Et c’est évident dans la vie politique africaine. Ainsi, un ancien président ghanéen John Agyekum Kuffor affirme : « il est mieux d’être un messager dans un parti politique au pouvoir qu’un Secrétaire Général dans un parti politique dans l’opposition. » Cette expression toute seule révèle très clairement les intentions infernales des politiciens africains.

Donc, le fait d’avoir son ami ou son frère dans la fonction publique suffit pour trouver des solutions à ses fardeaux économiques. Cette notion bien chérie par les politiciens leur permet de glisser la main dans la caisse de l’État sans rendre de compte approprié. En outre, une fois qu’une relation occupe un poste dans le gouvernement, que ce soit ministre des finances, secrétaire-trésorière de la caisse publique… ce dernier a une responsabilité imposée par son entourage de verser une « taxe.»

Cette taxe, sous la forme d’aide, de prêt ou encore de cadeau… sort très certainement des fonds publics, et elle a sa part de conséquences sur le développement national. Ces pratiques ont longtemps encouragé la mal gérance des finances publiques12. La corruption a toujours existé parmi les hommes sous différentes formes et natures et ne peut être entièrement éradiquée ; du moins on pourra la contrôler. Comme évoqué plus haut, la pauvreté populaire contribue à la multiplication des actes de corruption. En outre, les gouvernements en Afrique sont placés à un niveau incroyablement inimaginable, très élevé et c’est désastreux.

III.1 Limiter le pouvoir de nuisance des gouvernements

Les États (surtout à taille haute) créent la misère c’est un fait historique et un fait incontestable. Les gouvernements n’ont pas de solutions aux problèmes les plus pertinents que rencontre l’Afrique. Limiter la taille des États en Afrique limitera la création des institutions, commissions, comités inutiles qui ne font que sucer le sang des populations à travers les taxes et autres.
III.2 Combattre la pauvreté
C’est la misère qui pousse nombre d’Africains à prendre les politiciens pour des « petits dieux sur terre. » Et c’est cette demande de soutien financier du côté des peuples qui met la pression sur les politiciens et les oblige ainsi souvent à glisser la main dans les fonds publics. Donc, tant que la pauvreté ne sera pas combattue, la corruption continuera à faire rage.

III.3 Création de richesse

Créer un environnement propice à l’entreprenariat, l’innovation et l’invention. Etablir des coopérations économiques avec les autorités rurales plutôt qu’avec les gouvernements centraux. Une chose est certaine : les populations rurales sentiront directement les retombées du progrès économique dans leur localité.

III.4 Renvoyer les usines de recyclage de cadres à la casse

Il n’est plus étrange pour personne d’affirmer que certains pays détiennent les meilleurs usines de recyclage de cadres au monde, ce phénomène est aussi un indicateur pertinent et significatif de la pérennisation de la corruption et de la gabegie financière. Le renouvellement de l’administration dans ces pays, doit obéir à la règle de l’horizontalité, pas de la simple verticalité. C’est pourquoi, dans ces pays le slogan qui consiste à dire que la jeunesse c’est l’avenir de demain, doit changer au profil du slogan : « la jeunesse, c’est aujourd’hui ». Car demain se construit à partir de maintenant c’est-à-dire aujourd’hui à travers toutes les transformations positives possibles.

III.5 La Sanction exemplaire, bannir le laxisme

Il est très courant de rencontrer dans les pays corrompus plus de cadres en activité ayant dilapidés vos deniers publics que de cadres dont l’intégrité ne souffre d’aucune tache. Comme pour dire selon un adage assez médiocre que « le premier de l’école, n’est pas le premier de la vie ». Mais, il faut savoir et en être convaincu que les médiocres ne vont jamais construire un pays et lui apporter le bonheur, il est temps de prendre assez de courage et changer le système de fonctionnement.

Les managers doivent avoir le courage de démissionner lorsqu’il y a des scandales financiers dans leur département parce que cela dénote avant tout une faiblesse et une médiocrité assez notoire chez eux qui se traduit par la faiblesse du maillon de contrôle. La confiance en La monnaie nationale passe aussi par la confiance aux cadres qui sont chargés de la gérer.

Ce qui veut dire que de Casablanca au CAP, de Dakar au Caire, la monnaie doit être gérée par des personnes qui bénéficient d’une large confiance des populations et pas seulement des autorités politiques. C’est ce que l’économiste Britannique John Maynard Keynes appelle aussi les esprits animaux, comment les forces psychologiques mènent La finance et l’économie. On ne peut comprendre le fonctionnement de nos économies, les gérer au mieux et les faire prospérer, sans prendre en considération les esprits animaux, autrement dits des schémas de pensée qui sous-tendent nos mécanismes intellectuels et affectifs.

Lorsque nous enseignons la macroéconomie monétaire aux étudiants, autant nous insistons sur la confiance en la monnaie nationale (fiducie), autant nous revenons à plusieurs reprises sur l’incohérence temporelle des autorités monétaires qui est assez importante pour les agents économiques. Actuellement, dans nos modèles économétriques, nous incluons une variable qui semble être assez pertinente dans l’évaluation de la Politique monétaire, il s’agit de la variable qui rend compte du passé et du présent des dirigeants en matière de gestion au sein de l’administration ou du système bancaire, le coefficient de la variable doit être positive et significative (c’est-à-dire que sont T-student égale ou supérieur à 1,96).

Ce qui est une évolution par rapport à l’indice de Cukierman utilisé pour évaluer l’indépendance des banques centrales. Le même principe doit s’appliquer à tous les secteurs financiers des pays qui sont exposés aux risques de corruption et de gabegie financière. Les informations sont obtenues à partir de la section suivante portant sur la construction d’une base de données.

III.6 CRÉATION DE BASE DE DONNÉES SUR LES DIFFÉRENTS INCIDENTS DE CORRUPTION ET DE GABEGIE FINANCIÈRE

La création et actualisation d’une base de données sur les incidents de corruption et de gabegie est nécessaire et indispensable pour l’ensemble des pays africains qui sont à tout moment confrontés aux problèmes de choix de cadres intègrent et compétents.

Cette base de données viendra résoudre les problèmes de mémoires (archives) sur les différents évènements rocambolesques au plan financier dont les nouveaux dirigeants politiques n’ont pas toute l’information. Le fait d’avoir plusieurs incidents causés par les récidivistes, s’explique simplement par l’absence totale d’archives, de documents scellés au niveau des départements Ministériels, Banque centrale et autres institutions pour servir de référence au moment du choix des cadres.

Cette absence de base de données, peut être une des causes du recyclage perpétuel de cadres au sein des administrations. En menant une véritable enquête sur la corruption et la gabegie en Afrique, il vous est impossible d’obtenir des informations sur les incidents des années 1980-1990, 1990-2000 et 2000-2010, toutes les informations ont été détruites dans les Ministères et Banques centrales. Les acteurs de la corruption et de la gabegie font comme s’ils venaient de commencer leurs carrières avec des casiers judiciaires vierges, c’est un danger permanent pour les pays et aussi un obstacle au développement.

Les mêmes vautours et rapaces se retrouvent à tous les chemins stratégiques des économies, pour détruire ce système, il faut mettre en place un système de suivi statistique avec plusieurs types de fichiers différents qui sont présentés dans le tableau suivant :

BASE DE DONNÉES SUR LA CORRUPTION ET LA GABEGIE

Périodes Nom et Pré Crr* Crr** Gab* Gab** Observ Justice */**

L’alimentation de la base doit être faite par des services spécialisés de la direction nationale de la statistique et les inspecteurs d’Etat.

Crr* = Cité ou acteur principal dans l’opération de corruption et obtient par la suite un non-lieu de la part de la justice,

Gab* = cité ou acteur principal dans l’opération de gabegie et obtient un non-lieu de la part de la justice,

Crr** = cité ou acteur principal dans l’opération de corruption et n’obtient pas de non-lieu de la part de la justice,

Gab** = cité ou acteur principal dans l’opération de gabegie et n’obtient pas de non-lieu de la part de la justice.

SANCTIONS :

Les cas Crr* et Gab*, ne seront pas retenus en dans les liens de la culpabilité, mais ne doivent plus être des effectifs des départements d’origines. Et pour cela, il est important de remonter l’enquête depuis 30 années au moins pour éradiquer totalement le fléau.

Les cas Crr** et Gab** seront poursuivis par la justice, extirper des effectifs des départements d’origines. Et pour éradiquer totalement le fléau, il est indispensable de remonter l’enquête depuis 30 années au moins.

Lieux de création et conservation des bases de données :

Un poste à l’assemblée nationale ;

Un poste au niveau de l’inspection d’Etat ;

Un poste au niveau de la justice ;

Un poste au niveau de l’inspection générale des finances ;

Un poste au niveau de l’office nationale de répression des délits économiques et financiers.

Les différents postes seront synchronisés grâce aux nouvelles technologies, et il sera difficile de détruire à la fois les informations sur tous ces postes.

Ces différents services chargés des bases de données, ont l’obligation de rendre compte au cabinet du président de la république à tout moment.

Cette recommandation peut paraître utopique pour les vautours et les rapaces, mais c’est la seule solution pour aboutir au salut final, aboutir à une moralisation de la gestion publique et une répartition plus ou moins équitable des fruits de la croissance, et un pas très avancé vers la bonne gouvernance.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

(1) SOCIÉTÉ, SANTÉ ET CULTURE > CORRUPTION, 2012

(2) PUBLIÉ LE 9 MARS 2012 PAR STANISLAS NIYONDEZO

(3) LES MECANISMES A L’ORIGINE DE LA CORRUPTION Emmanuelle LAVALLEE, DIAL Mireille RAZAFINDRAKOTO, IRD, DIAL François ROUBAUD, IRD, DIAL

(4) Becherair Omrane, PhD Ecole Nationale Supérieure de Statistique et d’Economie appliquée. (ENSSEA) Alger, European Scientific Journal March 2016 édition vol.12, No.7 ISSN: 1857 – 7881

(5) Business international à partir de questions remplies par ses correspondants locaux et dont la valeur est Comprise entre 0 (hauts niveaux de corruption) et 10 (haut niveau de probité)

́(6) Sénateur, Républicain, Pdt de la délégation des USA à L’OSCE dans la résolution de lutte contre la corruption internationale, 10 juillet 2001 Xe session.

(7) La Corruption et ses Conséquences sur notre Système Judiciaire entre 1986 et 2008 par Inel TORCHON Université d’Etat d’Haiti  » Faculté de Droit et des Sciences Economiques des Gonaïves  » – Licence en Sciences Juridiques 2002

(8) Anne Lugon Moulin, page 6, Année 2006 Combattre la corruption, stratégie de DDC 25

(9) Isidore Kpotufe | IMANI Francophone OCTOBRE 23, 2014


Nasser KEITA, PhD
Laboratoire de Recherche Économique et Conseils (LAB-REC)
www.lab-rec.org

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